Espérer, désespérer, espérer encore… L’espoir plus fort que la douleur, la dépression, le doute. Dans les derniers jours de sa vie, Charles Baudelaire écrivit encore ces mots d’espoir. Car les grands poètes ont toujours raison, en fin de compte, désespérer c’est ne pas avoir totalement, définitivement renoncé.
Durant la deuxième guerre mondiale, où tant d’hommes et de femmes furent déplacés de force loin de chez eux, des histoires d’amour véritables mais improbables virent le jour. Ainsi deux êtres que tout séparait, la langue, les origines, la culture, furent sauvés par leur rencontre imprévisible au bord de la rivière Warta. Ils furent comme foudroyés l’un et l’autre par un sentiment irrésistible, une attirance mutuelle hors du commun. Durant toute la guerre, l’amour fut leur bouée de sauvetage, leur absolue clarté dans la nuit et le brouillard, alors qu’ils étaient entourés de barbelés, cernés par les soldats qui les gardaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre du haut de leurs miradors, prêts à tirer à vue et à lancer sur eux leurs chiens hurlants en cas de tentative d’évasion.
(extrait de l'avant-propos de Soleil Rouge sur Berlin, Editions Sud-Ouest, mai 2024